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Célia Nkala par Marie Gayet 

« Les circonstances d’une rencontre favorable seront à l’origine… »

Eternel retour I, Eternel retour III Etude des premiers principes (L'avenir) Etude des premiers principes (La création),  Objets confisqués, Les coupes, Soleil noir, Tribalités, les titres des oeuvres  de Célia Nkala nous renseignent sur le lien tangible que son travail entretient avec le temps, l’invisible, l’ailleurs, le cosmique, la mémoire et une idée de l’universalité.

De même, l’inventaire des matériaux utilisés, citons : objets domestiques trouvés, cartes de tarots de Marseille, carapace de tortue, minéraux précieux, terre de bruyère, quartz noir, dorure 24 carats, livres aux reliures de cuir, et des motifs, comme l’arcane de la Coupe rendent compte d’un attrait pour le symbolisme, voire l’ésotérisme, et la pensée mystique.

De sa formation en art déco, design et un parcours dans la mode avec Christian Lacroix, Célia Nkala  a gardé un goût pour une certaine sophistication de la forme, propice à l’expérience esthétique. Une partie de ses œuvres est issue d’assemblages d’objets, qu’elle met en relation à partir de leur symbolique et de leurs matériaux. Le nouvel objet/sculpture, hybride, mystérieux, troublant, frappe cependant par l’évidence de sa fiction. A la fois « pièce rébus » ou « pièce savante », il bouscule l’interprétation littérale et détourne la sémantique usuelle. Combiné à un dispositif d’installation minimale, posé sur un support ou en regard d’un miroir, l’objet se donne à voir, dans toute la puissance ambiguë de sa présence.

Ainsi le mot « l’avenir » qui se lit à l’envers comme un titre crypté sur la couverture du livre, apparaît dans le bon sens lorsqu’il est dans le reflet du miroir. Pour cette œuvre, le point de départ a été le coffret trouvé vide avec l’inscription « Histoire » sur la tranche. Une béance que l’artiste a comblée avec un livre fabriqué sur lequel elle a inscrit le titre L’avenir inversé. Face à la double lecture du mot, à l’endroit et à l’envers, nous revient cette historie entendue un jour et toujours restée dans un coin de la tête ; une tribu d’indiens au Chili voient le passé devant, - est-ce parce qu’ils peuvent le regarder, le voir en face de leurs yeux ?  – et mettent le futur dans le dos… là où on ne peut pas le voir ? L’avenir à l’envers est-il le passé ou une dimension du temps encore inconnue ? La réponse n’est pas dans le livre, puisqu’il est constitué de pages blanches, totalement immaculées, d’où toute écriture s’est effacée … ou n’a pas encore été déposée.

L’histoire de l’avenir est à écrire.

Bien que nous l’expérimentions à tout moment, le temps, si l’on en croit les scientifiques et les philosophes, ne serait qu’un concept de l’esprit humain, l’avenir et le futur n’existeraient que dans les pensées. C’est justement sur cette impossibilité à représenter le temps que prennent corps les assemblages insolites de la série Eternel retour, dans des objets à la fois cycliques et doubles, fragiles et stables.

Si le hasard intervient dans la création des œuvres, avec notamment la découverte d’un objet qui va donner l’inspiration d’un autre, il n’en est pas de même pour l’accident. Au contraire, les actions qui suivent les assemblages sont souvent minutieuses, lentes, patientes, répétées. L’idée peut maturer longtemps. Pour les Tribalités au noir  profond, l’enduction des cordes et des tissus liant le « totem », au moyen d’un mélange de résine, de peinture et de quartz, procède d’un geste rituel emprunté à la culture vaudou. Recouvrir, pour mieux révéler la profondeur, extraire la substance enfouie,  faire vibrer à travers la surface. C’est la force du noir, dans son aspect dual, ombre et lumière, mat et brillance - qui donne à ces objets totémiques l’énergie primitive de leur stature, prêts à défier le temps et l’espace.

Il faut imaginer le lent travail de recouvrement à la feuille d’or isolant le motif de la Coupe sur les cartes du tarot de Marseille. Il donne lieu à des nouvelles images « talisman »,  où la charge intérieure du symbole, alliée aux vertus de l’or, rayonne d’une brillance alchimique et devient littéralement active.  Pour l’oeuvre  La création, l’artiste a cherché aussi longtemps la bonne pierre à poser sur la couverture du livre au titre évocateur Sociétés secrètes. La surface lisse et zébrée du minéral semble par le rapport de couleurs être une matérialisation émergente du contenu du livre, lui aussi inaccessible.

Secret, caché, ce rapport équivoque dans les objets imaginés par l’artiste est sans doute le plus explicite dans la série des Objets confisqués. Ces boîtes aux fermoirs scellés et aux lignes élégantes, ou la tasse de porcelaine cadenassée à sa soucoupe, - qui ne sont pas sans rappeler les créations surréalistes A bruit secret de Marcel Duchamp et Object de Meret Oppenheim - attisent la frustration sur le mode ludique (et un brin fétichiste !) mais deviennent à leur tour des objets de contemplation. Un temps de silence dans celui des Turbulences.

Marie Gayet


Victoire Thierrée © Arnaud Lajeunie

Celia Nkala
© Chantapitch


œuvres



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