Morgane Porcheron

Morgane Porcheron par Marie Gayet

« C’est face au monde et à la nature que l’homme peut vraiment penser. »  Emanuele Coccia (1)

Conjuguant à la fois éléments naturels, matériaux bruts et industriels, Morgane Porcheron place au cœur de son travail les enjeux de notre époque dans ses rapports avec la nature. Sa pratique de sculpture et d’installation qui regarde du côté du paysage et de l’architecture s’envisage autour de l’expérimentation, de l’empreinte et du travail sur la matière. Si le béton, la terre, le plâtre ou l’acier sont présents dans l’ensemble de ses œuvres, ils sont mixés à d’autres éléments, qu’elle ramasse, cueille, tels que des feuilles séchées, des branches de bois, des galets, des graines de fèves, etc… donnant à ses assemblages des allures de petites parcelles  abandonnées ou de ruines contemporaines, prétextes à des scénarios sur le vivant, son altération, sa résistance.

En pointant du doigt ce qui fait nos paysages urbains et les friches industrielles, ses compositions soulignent un ancrage  au réel et se prêtent à la lecture métaphorique du présent écologique. Elles se traduisent par des images simples - une fleur émergeant d’une fissure, une feuille prise dans une grille, une branche enroulée sur une barre. Il s’en dégage une forme de poétique de l’espace, où le « champ libre »,  cher au Tiers paysage de Gilles Clément trouve à se glisser dans les interstices, ces endroits si minces qu’ils semblent  invisibles jusqu’au moment  où quelque chose s’en extrait. La nature qui persiste dans le monde urbain est par essence sauvage, clandestine, à la marge, devant s’adapter.

Mais ces représentations minimales évoquent aussi des états de nature plus préoccupants et provoquent un trouble, voire un malaise, à la vue de l’artificialité de certains composants,  fausses  fleurs en céramique, tiges désarticulées, s’extirpant des blocs de béton et finissant par des excroissances de feuilles surdimensionnées, aux couleurs trop vives pour être vraies. De même les photos sculptures jouent sur une juxtaposition d’éléments accentuant le sentiment d’étrangeté face à certains Nouveaux paysages de nos environnements. Cette ambivalence intéresse l’artiste. Elle est même constituante de sa pratique : « Dans mes compositions, nées de protocoles qui se superposent et d’éléments qui se confrontent, se joue donc une double tension: l’ambivalence entre l’artisanat et la manufacture, un va-et-vient entre l’intervention de l’homme sur la nature et la constance de celle-ci à reprendre ses droits. » (2)

Reprendre ses droits et plutôt que l'artefact, faire pousser en vrai des petites forces vives végétales. Sans savoir ce qui va se passer, en laissant advenir ce que le temps, l’air, l’eau et la terre permettront. Il faut imaginer l’artiste dégager doucement les jeunes têtes des pousses de fèves de la terre crue où elles avaient été insérées,  et s’étonner de la prolifération des plantes environnantes, venues se « greffer » elles-mêmes sur la structure construite in situ, pour saisir toute l’attention qu’elle porte aux nouvelles géographies urbaines. Sur un mode de pensée proche de l’animisme, le geste artistique de Morgane Porcheron, à la fois investigateur et réparateur, qui sait confronter la technique et la matière, lier la poésie à une militance douce, participe de la vision d’un monde, dont elle nous laisse entrevoir la trace et où, pour paraphraser le géo/poète Kenneth White, « reviendra la pensée vivante ».

Marie Gayet

1-Emanuele Coccia, La vie des plantes - Une métaphysique du mélange.  Bibliothèque Rivages -2016
2- Interview par Camille Fonjallaz, www.caracteres.net 10/02/2019


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Morgane Porcheron
crédit Léa Mercier




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