Sandra Matamoros

Sandra Matamoros par Les Editions Tribew

Visiter l’atelier de Sandra Matamoros m’a fait changer la focale du regard que je portais sur son travail. J’avais en tête ses photos, cadrées carré, une œuvre en deux dimensions, mais les miroirs, les fils, le papier, la colle et les ciseaux que je découvrais ont agi comme révélateur de dimensions subtiles dans les œuvres de l’artiste, photographe mais donc aussi plasticienne, qui m’accueillait.

Sandra Matamoros est une artiste 3D, ses œuvres ont de l’épaisseur. L’artiste enchâsse dans ses grands tirages sur alu des miroirs, véritables portes d’entrée dans l’œuvre pour celui qui regarde. Epaisseur aussi dans les mots cousus sur des photos de rêveurs ainsi que dans l’accrochage en relief de triptyques, mais épaisseur surtout dans de savants pliages et origamis, véritables sculptures échappant à un regard unique par des reflets miroirs rappelant les kaléidoscopes.

Le temps, l’heure du jour ou de la nuit, mais aussi le mouvement et le changement d’angle de vue, modifient la perception des œuvres par les effets des miroirs qui réfléchissent un environnement changeant. Sandra est une artiste 4D ; son parcours de réalisatrice à la sortie des Arts Déco n’est certainement pas étranger à cette recherche du mouvement dans son œuvre plastique.

Il y a une cinquième dimension au travail de Sandra, celle du sens, comme pour toute œuvre, certes, mais pour Sandra Matamoros le sens donné à son travail s’inscrit dans une quête entêtée d’un graal autant artistique que philosophique, voire alchimique. Les schémas ésotériques qui enluminent des photos d’eau, de terre ou de feu, racontent l’homme dans sa relation aux éléments et donc à la planète. L’eau, dans chacun de ses états, solide, liquide, gazeux, est centrale dans le travail récent de l’artiste. Elle en interroge la sensibilité aux émotions humaines et les traces qu’elle en garde ; la mémoire de l’eau, vérité scientifique hasardeuse mais licence artistique heureuse.

Merci Sandra pour cette œuvre qui fait bouger les lignes entre photographie et sculpture. Merci Sandra pour cette quête d’absolu qui rend espoir dans cette période troublante.

Louis-Laurent Brétillard


Entretien avec Sandra Matamoros

Ton travail commence-t-il toujours par une photographie ?

Pas du tout. Je recherche d’abord comment je vais mettre en image un sujet, quelle serait la forme la plus appropriée. Ensuite je fais les photos, ou alors je puise dans mon stock de photos faites au long cours, des photos qui n’avaient pas encore trouvé leur place dans une série et que je vais enfin pouvoir utiliser parce qu’elles font sens.

Dans la série "Amour Liquide" tu appréhendes l’eau non seulement dans sa portée symbolique mais également dans ses propriétés physiques, qu’elles sont les rencontres ou les lectures à la source de ton inspiration ?

Principalement, je me suis inspirée des recherches du Pr Masaru Emoto, un chercheur japonais mort en 2004. Par ses expériences en laboratoire, il a démontré que l’eau a une mémoire, qu’elle peut recevoir nos émotions, et transformer sa qualité en conséquence. Ce qui laisse songeur quand on sait qu’on est fait principalement d’eau. D’autres chercheurs on travaillé ou travaillent sur ce sujet passionnant, du plus nobélisé au plus underground. Tout le monde n’est pas d’accord, et cela fait débat. Je ne suis personnellement pas du tout scientifique, et donc je ne cherche pas à entrer dans le débat du vrai ou faux. Ce que je retiens de cela c’est avant tout la poésie de cette vision, très présente chez Emoto, voilà pourquoi il demeure ma principale source d’inspiration pour ce sujet.

Dans ton œuvre poses-tu des questions ou proposes-tu des réponses ?

Je propose avant tout de partager ma sensibilité, ce qui me touche, ce qui m’interroge. Bien-sûr, j’ai mon avis sur ces questions, mais chacun doit se faire sa propre idée du monde. Je tiens beaucoup à la liberté de penser, d'interpréter. Pour moi, la meilleure manière de se forger son opinion, c’est d’expérimenter par soi-même. Voilà pourquoi je propose quand je le peux des installations participatives. D’ailleurs, mon projet de fin d’étude aux Arts Déco était une grosse installation vidéo interactive et participative.

Dans chacune de tes séries tu t’empares d’un thème qui interroge la réalité que nous percevons, le rêve, …, et maintenant l’eau au-delà de son apparence. Es-tu une curieuse inspirée ou une mystique éclairée ?

Je suis hyper curieuse, depuis toujours, surtout sur les sujets qui n'ont pas de réponse. Cela m’emmène forcement sur des chemins aux questionnements existentiels. Disons que j'aime me poser des questions dont les réponses restent à définir. Cela me porte énormément. Pour d’autres ce sera une pure perte de temps, pour moi, c’est un espace de liberté et de création d’une grande satisfaction.

Tu joues des volumes, des matières et des supports, le médium photo ne te suffit donc pas ?

Clairement non. Tout d’abord, je n’ai pas commencé par la photo, mais par le film. Faire un film est un exercice très complet et complexe. On touche à plusieurs domaines (l’écriture, la mise en scène, le décor, le costume, la lumière, la musique, etc…). Pourquoi se limiter à un seul médium quand il existe une possibilité infinie d’exprimer une pensée dans la matière ? L’image est toujours mon moyen d’expression privilégié pour susciter le partage d’une émotion, et si une bande sonore, ou un matériau comme le miroir ou le bois, peut venir la soutenir, alors pourquoi pas l’insérer dans la création. Ce qui compte avant tout dans le processus créatif, c’est pourquoi on fait les choses, et ensuite seulement, comment on va les faire, ce qui laisse plus d’espace quant au choix du ou des médiums qui font le plus de sens pour réaliser son œuvre. J’ai donc commencé par le cinéma, puis la photo, et à présent, la photo plasticienne sous forme d’installation,  je travaille même en ce moment sur une sculpture monumentale qui comprend image, son, et eau ; elle sera participative.

Que reste-t-il de la cinéaste dans la plasticienne d’aujourd’hui ?

L’envie de susciter l’émotion par l’image, toujours. Car pour moi, l’émotion c’est un puissant véhicule de communication. C’est ce qui nous relie. Et nous sommes avant tout réceptifs à l’image. En plus de l’image, ce passé cinématographique s’épanouit aujourd’hui pleinement à travers mes installations, ou je peux faire entrer le travail sonore, et la mise en scène du spectateur par sa circulation dans l’espace.

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